J'allais à mon cours d'alphabétisation du lundi, lorsque je réalise que j'ai oublié ma petite bouteille d'eau à la maison, comme d'habitude. Une supérette ouverte récemment sur le boulevard principal à la Belle de Mai, j'entre et quelle surprise en voyant à la caisse une de mes élèves d'il y a 3 ans.
- Maitresse (je n'ai pu habituer certains à utiliser mon prénom...) vous voyez ça y est je travaille. Mon mari et moi on a pris ce commerce, maintenant que je sais lire et écrire... je peux faire les ardoises des fruits et légumes, mettre les noms et prix et tenir la caisse... Ce sont mes enfants qui sont fiers...
- Et moi donc... je suis contente pour toi et bonne continuation! Essaye de lire un peu les journaux...
Je paye et m'en vais très contente de cette rencontre. Le temps passe..
Aujourd'hui fête du ramadan. Je pensais que je n'aurai pas d'élèves mais si, il y a une "non pratiquante", Mekia qui m'attend avec un grand sourire. Alors on y va. Individuellement je me rends vite compte de ses difficultés et de la raison pour laquelle elle parle peu en groupe. Ses camarades l'ont remarqué et lui ont dit. Elle connaît beaucoup de mots, écrit lisiblement les lettres mais ignore tout de la grammaire. Faire des phrases lui demande un gros effort. Elle pense qu'avec des mots elle peut comprendre une phrase, un gros travail nous attend. J'enquête sur son apprentissage du français, en fait au Sénégal elle entendait parler français, n'a jamais été scolarisée, son acquisition est donc purement orale et sommaire. En France elle a appris les lettres, à écrire, mais la grammaire est à acquérir presque complètement. Un bienfait que nous nous soyions retrouvées en tête à tête aujourd'hui ainsi nous pouvons attaquer son point faible.
Cela me rappelle au Vietnam où le français de la rue a pratiquement disparu. L'anglais est la langue la plus employée, le commerce et les échanges se faisant principalement avec les pays environnants asiatiques (Chine, Japon, Corée) et l'Australie en très bonne place. Cependant la langue française ayant beaucoup marqué le pays, il reste des vestiges "phonétiques" en vietnamien comme, entre autres, Ca phé et
La francophonie a encore bien du travail à faire...

c'est aussi la difficulté de notre langue qui se veut écrite alors que beaucoup d'autres pays sont de traditions orales. J'ai connu cette difficulté en Guyane...
Anonyme | Le Lundi 23/10/2006 à 20:52 |