Ce passage est extrait du livre "Lehaïm - A toutes les vies" de Michaël Sebban.

Michaël Sebban est un jeune professeur de philosophie (37 ans), juif d'Oran, romancier et surfeur (sur les vagues de Biarritz). Pour dénoncer "la plus grande vague d'antisémitisme jamais connue en France depuis la Libération" il écrit ce livre Lehaïm où il se met à la place d'un prof de Philo dans le 9-3, Eli, habitant de Belleville, où il côtoie dans son quartier le café de Maurice et ses clients, juifs marocains, les scènes du café, de la rue, du marché, celui de Saint Denis : on y vend des fruits, des légumes, des cassettes de zouk, de raï, des corans, du boudin blanc, de la viande halal, des fausses Rolex et des kebabs (sic).
Le lycée. Des élèves parlant le verlan, langage de la cité, avec peu envie de réfléchir, plus disposés à faire du bizness qu'à se prendre la tête comme ils disent. En voici un extrait
"J'ai une question à vous poser. Vous m'avez dit hier que vous ne vous considériez pas comme des Français et pourtant vous êtes français, vous vivez en France et que vous le vouliez ou non vous faites partie de la sociétgé française. Alors ma question est la suivante : Comment d'après ce que je viens de vous expliquer peut-on appartenir à une société si on ne se sent pas des points communs avec elle ? s'il n'y a rien qui vous lie, qui vous unit, si vous ne vous sentez pas associés à cette société ? Tu as une idée, Karim ?
- On es unis à quoi m'sieur ? Vous croyez que les céfrans ils nous calculent ? Faut pas rêver! Même entre nous on n'arrive pas à s'unir. On n'arrête pas de s'embrouiller. Regardez-les ces deux-là. Le grand renoi et le petit rebeu. Toute la journée , ils arrêtent pas de s'engueuler, ça veut rien dire votre unité m'sieur.
- Je vais essayer de développer et même de vous provoquer un petit peu. L'unité ou l'association dont Rousseau parle, cela signifie que toutes les composantes de la société agissent pour le bien de tous. Autrement dit, elles agissent toutes pour le bien de chacun. Si vous voulez, c'est un peu comme dans Les Trois Mousquetaires. Vous connaissez les mousquetaires ?
- Ouais, m'sieur. C'est comme les ninjas habillés tout chelou.
- Plus ou moins. Eh bien la devise des mousquetaires c'est 'Un pour tous et tous pour un'. Voilà c'est cela le but du contrat social. Par exemple vous devez tous être conscients que dans cette optique la police est au service des citoyens. [...]
- Mais c'est quoi vos conneries, m'sieur ? Vous venez tous les jours faire vos cours au lycée mais vous n'habitez pas dans la téci. Venez un peu voir comment ça se passe. C'est chacun sa merde. Y a pas de pitié m'sieur!
- Ne vous inquiétez pas. Je crois que j'ai très bien compris.
- On peut partir, m'sieur. C'est fini ?
Personne n'a le secret de cette unité. Il faut la volonté de s'intégrer dans le pays qui vous accueille, sans pour autant oublier ses racines. De quoi pour certains faire le grand écart. Mais quand on voit la réussite de certains autres on se pose des questions!
muse | Le Mercredi 25/07/2007 à 16:51 |