
Un testament d'amour aux légataires que nous sommes tous, lecteurs ou non de ses mots. Penser pendant ses dix derniers mois qui lui restent à vivre à nous transmettre un journal de vérité sur la souffrance, la joie de l'autre, d'aimer, d'écouter, de percevoir le moindre souffle environnant ne peut provenir que d'une âme profondément généreuse.
Elle s'adresse à nous en ces mots :
"Toute existence est singulière; celle que je vis - et qui peut-être se prolongera - est une vie pleine à ras bord d'amour et d'amitié, de rencontres et de ferveur, d'engagements pour le vivant et de folie. Les épreuves y ont leur place comme tout le reste et je reçois sans marchander celle qui maintenant vient à ma rencontre. [...]"
"Ne jamais oublier d'aimer exagérément : c'est la seule bonne mesure."
Chaque page est un hymne à l'amour, l'Agape, le seul, l'immense toile nous reliant les uns aux autres. Christiane Singer est un coeur, et ce sont ses mots "La faculté de discernement critique dont je suis bien dotée ne me pas empêchée d'être spirituelle dans toutes mes cellules et de façon inguérissable". Le christianisme est en elle qui s'invente de neuf chaque jour. Le bouddhisme lui apprit à décrypter le fonctionnement de son esprit, le judaïsme lui apprit "l'autre", le fin du fin de la tendresse humaine, l'islam mystique et humaniste la remplit de beauté et de dignité. (Singer C. Derniers fragments d'un long voyage. Edts Albin Michl, 2007.P. 92)
Oui on peut se remplir du bien de chaque religion en laissant les dogmes de côté. La spiritualité est une manière d'être, de penser et de vivre.
Le dernier numéro de la revue Psychologies, mai 2007, rend hommage à Christiane Singer qui, le 4 avril a rendu les armes devant le cancer qui la dévastait depuis l'automne. Avant de mourir, elle a remis à son éditeur le journal qu'elle tenait depuis le début de la maladie. Une expérience de mourir pleine de sens, d'émotions, de souvenirs et d'échanges avec les siens et surtout le personnel hospitalier.
Qui n'a pas peur de parler de la mort ? Et pourtant elle fait partie intégrante de la vie, il est normal d'y penser, de se préparer à vivre le départ car nous sommes tous sur une liste d'attente. Je pense aux personnes qui ont peur de prendre l'avion, l'angoisse est énorme avant et pendant le vol sans raison valable. Après tout, chaque jour est une prise de risque, la non connaissance du moment nous permet de vivre insouciant et heureusement pour les névrosés !
Christiane Singer termine son journal en écrivant "Il n'y a que perdre sa vie qui ait toujours le même visage : ne pas oser parler sur "l'homme intérieur", sur l'immensité qui nous habite. Ne pas oser l'Elan fou, l'Eros fondateur, ne pas plonger vers l'intérieur de soi comme du haut d'une falaise. J'ai plongé. J'ose le dire, oui, cul pardessus tête, j'ai plongé!"
Présence, absence, tout est vie très chère écrivaine et merci.
elle a l'élégance de laisser à ceux qui l'appréciaient le senntiment, malgré tout, d'un accomplissement
brigetoun | Le Dimanche 13/05/2007 à 07:21 |