Le français pour immigrés

du travail en perspective

Cela fait plus de cinq ans maintenant que j'enseigne le français à différents niveaux, aux immigrés venus de tous coins du monde. Expérience de l'alphabétisation, à un public jamais scolarisé ou peu mais avec une écriture distincte (idéogrammes, cyrillique ou arabe). Nous procédons dans ces cas à l'apprentissage du tracé des lettres et à l'acquisition de l'alphabet comme pour les jeunes enfants de nos écoles.

Ensuite, l'utilisation des imagiers est fort utile pour le vocabulaire sans ignorer la grammaire, il est important d'introduire peu à peu les verbes, la construction des phrases, et la ponctuation.

Cette année je me suis trouvée avec des groupes de kurdes, de sénégalais et de maghrébins vivant en France depuis plusieurs années (de 2 à 5), principalement des femmes mères de famille ayant consacré leur temps à élever leurs enfants et à la vie de la femme au foyer. Les enfants sont scolarisés en France. Le français est donc une langue orale, phonétique, sans connaissance écrite ni grammaticale. Situation délicate pour le formateur, ou la formatrice que je suis, car aucune méthode n'existe pour ce cas de figure. Depuis cinq ans je consulte de nombreux sites et centres de documentation spécialisés et je suis toujours à construire mes cours moi-même en fonction des niveaux, des élèves et de l'actualité. Les ouvrages de FLE (français langue étrangère) sont malheureusement conçus principalement pour les étudiants étrangers ou des personnes d'un niveau d'études bac ou plus.

Il serait intéressant de penser à ces femmes dont je parle plus haut, confrontées au quotidien à la scolarisation de leurs enfants, aux démarches administratives, à la recherche d'emploi, aux visites médicales et prises de rendez-vous, à parler de la vie du couple (pourquoi pas ?), à la signalisation routière (certaines aimeraient apprendre à conduire), aux colonies de vacances ou aux autres façons de passer les vacances ensemble (camping etc..), aux distributeurs automatiques, etc, etc...

Pour mon prochain cours de vendredi, nous allons établir ensemble la liste des vêtements en prévision du départ en vacances cet été des enfants en colonie et à déchiffrer le prospectus.

Que fait le gouvernement pour faciliter l'intégration de ces familles ? Il est demandé... il est exigé... de parler français mais songez, comme j'ai le cas actuellement, à ces femmes venues de campagnes du Maroc ou d'Algérie, où la vie est tellement différente, aux efforts déployés pour vivre dans une grande ville telle que Marseille et s'adapter le mieux possible à l'environnement ? Pour les aider il faudrait mettre au point des manuels spécialement conçus pour ces gens, ces travailleurs qui n'ont rien à voir avec la vie parisienne relatée dans tant d'ouvrages, ou le cinéma (j'ai vu des chapitres sur les vedettes du showbiz ou des journaux médiatiques), ou le théâtre et nombreux autres exemples non adaptés. Oui on leur demande de s'intégrer mais si nous voulons qu'ils progressent, mettons-nous déjà à leur portée !




Version imprimable | Actualités/aujourd'hui | Le Mercredi 09/05/2007 | 4 commentaires | Lu 355 fois


Commentaires

différence entre tradition orale et écrite j'ai connu ça en Guyane, pourtant francisé..mais où la langue française n'est utilisé que pourêtre face à l'administration(expérience de 85 à 88) Mais oui, il faut adapter sa méthode à son public et la FLE peut quand même rendre de bons services en adaptant ton cours
Courage et bises

 


Anonyme | Le Jeudi 10/05/2007 à 13:22 | [^] | Répondre

quand j'étais en Israel

    nous sommes allée apprendre hebreux à Jerusalem,
nous apprenions tous sans livres, pratiquement sans aucun écriture aussi: parler

on partait d'un mot compris, on ajouter un autre, avec quelques mots on expliqait (et gestes) le reste des mots, nous chantions aussi, cela aidait, puis j'ai accouché de ma fille et n'ai pu continuer, mais deux mois ont suffit à mon mari de prendre un très bon départ,

puisqu'il y a qui apprenne plus à l'oreille qu'avec les yeux

cela dit, je n'ai pas aimé ce point de son programme, mais je crois, qu'une cercle des femmes peut même enseigner les unes aux autres, le tout bien sûr est d'avoir une certaine méthode

 


julie70 | Le Vendredi 11/05/2007 à 21:25 | [^] | Répondre

le français pour émigrés

tu sais ma grande admiration por la tâche que tu as choisie; venir en aide aux plus démunis.Et comment alerter les services compétents  pour mettre en place de vrais programmes et methodes  , les services académiques sont-ils sans recours  ?   remonter plus haut sûrement ;   etudes pédagogiques?, j'avoue ne pas trop savoir  .. à voir..

 amitiés  micheline

 


micheline | Le Samedi 12/05/2007 à 21:23 | [^] | Répondre

Bravo à toi de te consacrer à cette tâche ardue mais sûrement très utile et appréciée par ceux qui assistent à tes cours.

 


tanette | Le Dimanche 13/05/2007 à 14:03 | [^] | Répondre