Le petit batard

écrit par William Kowalski



Titre original: Eddie's Bastard publié en 1999, traduction française 2001

Ma librairie favorite, C'est la faute à Voltaire, recèle de précieux ouvrages de seconde main comme on dit. Parmi leurs bijoux j'ai choisi cette fois le bouquin de William Kowalski ignorant tout de l'auteur (je crois qu'il n'a écrit pour le moment que ce roman). Et l'envoûtement s'est produit dès le commencement.

Le 3 août 1970, Thomas Mann découvre devant sa porte un panier garni d'un joli bébé et un petit mot d'accompagnement "LE BÂTARD D'EDDIE".

Eddie, c'est son fils mort à la guerre du Technorati. Depuis, il continue à vivre dans ce bled de l'Amérique profonde, comme un vivant végétant dans le whisky du matin au soir, préférant l'ivresse de l'alcool à sa vie insipide.

Cette famille, les Mann, n'est pas comme les autres; d'ailleurs l'endroit s'appelle Mannville.. Des êtres héros à leur manière, que l'on respecte. Et Thomas sans avoir à penser longuement, mais avec une tendresse naissante, va projeter immédiatement cet enfant dans l'avenir "Il apprendra à tirer, à chasser, à lire. Il faut que je lui ouvre un compte en banque. Il faudra qu'il aille à l'université". Que de rêves.

Billy grandit à la ferme, auprès de son grand-père atypique, qui parle aux fantômes, ne connaît que les saucisses grillés comme alimentation,"Saucisses grillées, ça te va?" c'était toujours ça qu'il disait. C'était toujours ça qu'on mangeait. Et ça m'allait toujours".... "Parfois, plusieurs heures passaient avant qu'on se croise dans notre immense demeure. Si l'un de nous avait besoin de voir l'autre pour une question importante, il faisait tinter le vieux triangle de fer accroché à la porte de la cuisine".

Billy rencontre Annie, une petite fille vivant seule avec son père, à peu de distances de chez lui. Ils partageront une forte amitié, feront le chemin ensemble pour aller à l'école, beaucoup plus tard elle lui dit "Je ne savais pas du tout qui tu étais, mais je suis tombée amoureuse de toi sur-le-champ."

A l'âge de quatorze ans Billy va "découvrir" les femmes. "J'avais deux femmes dans ma vie, Annie et ma mère; Annie n'était pas plus âgée que moi, et ma mère avait disparu corps et bien. Donc, j'en savais peu sur les femmes, et je ne savais rien de la maternité." Désormais, la présence féminine devenait électrisante, frustrante, voire physiquement douloureuse. L'horloge biologique s'était mise en marche, restait à faire connaissance avec la femme-maîtresse.

Et puis, il va découvrir un nouvel aspect de l'existence d'Annie. Un côté sordide. Elle lui confiera que son père la baise sous l'emprise de l'alcool, qu'elle est violentée, mais elle ne peut s'enfuir ni porter plainte dans la crainte des pires conséquences. Le moment venu (ce sera d'ailleurs soudainement la mort de son père) elle s'enfuira au Canada où elle travaillera peu à importe à quoi, mais libérée de l'enfer ou presque. Elle écrira à Billy "Je déteste l'idée d'appartenir à un groupe de victimes. Je hais les geignards, je hais les désemparés. Je méprise les faibles. Je les ai toujours méprisés". "... Je pensais que toi et moi, on se marierait quand on serait grands, ou, au moins, qu'on deviendrait amants..... Je ne crois pas que je puisse aimer physiquement un homme, jamais. Cette idée me dégoûte...."

Au fil des années, la santé du grand-père ne pouvait que subir les détériorations causées par l'alcool. Les médecins parlaient de greffe du foie "On est fait pour un foie, c'est tout. Le foie, c'est comme les voitures. Si on n'est pas capable de prendre soin du premier, je ne vois pas pourquoi on en mériterait un autre !". "On dit que les bébés nés en l'en 2000 auront une espérance de vie d'un siècle, lâcha-t-il avec dédain. A la période glaciaire, les hommes ne dépassaient sans doute pas trente ans. On est faits pour mourir et retourner à la poussière. Comme ça, on sert d'engrais aux fleurs, et toutes ces conneries. Nom de nom ! On se plaint de la pollution, mais le vrai problème ce sont les gens. Ils encombrent la terre"............

Pour finir, mais tout n'est pas dit bien sûr,  une parole touchante de Thomas Mann à son petit-fils Billy
"Si j'ai été si contente de ta venue, c'est, entre autres, parce que j'allais avoir quelqu'un à qui raconter mes histoires.

un bon livre, un auteur que l'on associe déjà à des écrivains comme John Irving, WILLIAM KOWALSKI.




Version imprimable | lancés de mots et poésie | Le Vendredi 15/06/2007 | 1 commentaire | Lu 193 fois


Commentaires

j'ai eu un moment d'égarement en lisant "Thomas Mann", et je me comprends, là maintenant je suis revenue, à la lecture de ton texte, à ce qui me permet de faire une nouvelle connaissance avec un livre, merci mamounette !

 


marie.l | Le Vendredi 15/06/2007 à 18:59 | [^] | Répondre