Ah Woodstock en 1971 en Colombie, on m'avait offert le super album du concert gratuit avec Jimmy Hendrix, tous les grands du moment, Bob Dylan, cette musique me rendait folle. Je pouvais danser dessus toute la nuit en buvant du Cuba libre, vétue de grands jupons comme on les portait au temps des hippies, il fallait flairer les vendeurs de fringues et de bijoux faits maison. Peace and love. A vingt-cinq ans l'exotisme envahissait corps et esprit, c'était l'expression du désir simple, j'aimais ce passage colorié de ma vie.
LA MAISON DU BOUT DU MONDE de Michael Cunningham
m'a replongée dans le monde de Woodstock, de l'Amérique déjà ultra décalée par rapport à l'Europe.
Les personnages sont multiples et analysés avec soin. Ce n'est pas la joie ni chez les uns ni chez les autres, mais on mène sa vie malgré les malheurs intervenant comme une explosion dans l'existence de chacun. J'aime bien l'écriture, facile, humoristique, descriptive, on se demande si c'est un livre ou un film. On voit tout. A Chaque chapitre, un personne narre le récit tout en étant plein dedans. J'aime.
Ils vont y rencontrer Claire, une femme peu banale
"A partir de trente ans, j'avais renoncé à l'amour. Je vivais comme un enfant. Une heure après l'autre, alors que les autres femmes de mon âge assistaient aux récitations et fêtes scolaires de leur progéniture. Se laisser porter au jour le jour n'était pas difficile?. J'avais un petit boulot idiot, et un bel héritage qui m'attendait le jour de mes quarante ans. Il se trouvait toujours quelqu'un pour prendre un café, aller au cinéma ou dans une boîte. Le temps avait passé agréablement.[...]"
Cette femme va être une présence idéale pour l'un et l'autre les comblant dans leurs manques affectifs : écoute, amitié, chaleur humaine, réconfort, rire, gaieté, amour, elle sera leur amante et leur mère dans la façon de les guider et les protéger. Situation difficile, fragile, utopique "Peace and love".
Un enfant s'annonce dans ce ménage à trois, il faut trouver et acheter une maison "Nous achetâmes le puits et la lumière du soir" à quelques kilomères de Woodstock, en pleine campagne et ce sera 'la maison du bout du monde". Adieu les rêves mais "Chérie, il y a des moments où la nostalgie n'a pas sa place". Rebecca va donc prendre sa place au sein de cette maison sans nuisance.
Claire dira "Devenue adulte, j'étais tombée amoureuse de l'intelligence de Jonathan et de son humour et, je suppose, de son incapacité à nuire. Il n'était ni frigide ni dangereux. Ni homme ni femme. La menace d'un échec sexuel n'existait pas avec lui. Je pouvais imaginer avec lui comment Rebecca, elle aussi tomberait un jour amoureuse de lui. Il avait l'attrait d'un père. Il avait la chaleur d'une mère sans son aspect menaçant - elle ne mourrait pas si Jonathan la quittait un instant du regard. Il travaillait toute la journée, puis rentrait à la maison avec un cadeau, fou de joie à l'idée de la revoir après toutes ces heures de séparation. Bobby restait gentiment à l'écart, et j'étais trop présente. Jonathan exerçait un charme sans faille accru par son absence quotidienne. Rebecca serait à lui. Elle m'aimerait, elle aimerait Bobby, mais elle appartiendrait à Jonathan.
Il y avait des jours - par moments -où je croyais avoir trouvé ma récompense. J'avais l'amour, et une place sur terre. Je faisais partie de quelque chose de tendre et de lisse. Une famille C'était ce que j'avais toujours cru désirer. Ma propre famille n'avait été que cris de rage et de jalousie.[...]"
Edts Belfond, 1999. Traduit de l'américain par Anne Damour. Excellent.